Des lits flagrants

Des lits…

En 2006 à la recherche d’idées d’autoportraits je décidais d’occuper l’espace vacant et central de mon étroit studio, le lit. J’accrochais mon compact Mju au plafond me servant d’une télécommande pour déclencher l’obturation.
C’est ainsi que le lit est devenu page blanche où j’ai pu expérimenter la mise scène de petits haïkus visuels, tissant une série sur quelques années où les thèmes récurrents du désir, de l’amour, de la féminité se sont donnés rendez vous sur les 3 mètres carré de cet espace horizontal si essentiel.

« À vingt ans, rougissante dans les coulisses de l’adolescence, j’ai pas bougé, l’acné bafouillante me tenait par la peau d’orange.
À trente ans, j’ai voulu leur prouver mais je suis allée trop loin, raté le carrefour aux maris, trop stagné à l’impasse des petits amants. Pourtant j’avais rêvé de mariage à l’église, de grains de rire sous le tulle.
À quarante ans, premières rides derniers jeux, déjà inemployable pour l’impayable employeur, les jeunes seuls ne me trouvent pas trop has been. De ma vigie horizontale, je jette des feux pâles aux naufragés dérivant, valeureux hommes de mes rives.
À cinquante ans assez trainé, le lit prend l’eau, on voit le jour à travers les lattes. C’est le lit d’eau, je jette une jambe vers l’œil qui m’ausculte là haut et aspire mes peurs moi qui aspire à plus de hauteur. Je zigue et zague toujours, tirant des bords vers des vieux princes boitant, des capitaines de frégate essaimés sur la soie liquide des lits, ma vie délité, défaite qui s’enfuit vers un dernier feu d’artifice. »

Comments (1):

  1. Offerus

    30 avril 2024 at 16 h 09 min

    superbe « ensemble »

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